Cours-type (libre) : Les traitements (partie 2).

Cours T9 — Avancé — Cours 10

Les traitements (2) : glisser, dire, revenir

« Le traitement dit ce qu’une scène réaliste ne pourra jamais dire. »
Niveau
Avancé (T9)
Durée
2 heures (120 min)
Thème
Le traitement complet
Prérequis
T9.9 — Comparaison & métaphore
📖

Préambule

5 min
Du ressenti imageé au traitement de toute la scène

Au cours précédent, on imageait une émotion ponctuelle (aparté visuel, danse). Aujourd’hui, on fait glisser la scène entière dans une métaphore filée : c’est le traitement. Il se joue en trois temps.

1. MISE EN PLACE → 2. BASCULE ONIRIQUE → 3. RETOUR AVEC TRACES
(le réel posé) → (la métaphore filée) → (le réel, marqué)
Le modèle des comptables-pirates

Dans les Monty Python (« The Crimson Permanent Assurance », 1983), de vieux clercs d’une compagnie d’assurances britannique, écrasés par l’énorme corporation américaine qui les a rachetés, se révoltent. Leur immeuble de bureaux se métamorphose en navire pirate : ils voguent dans le quartier d’affaires de Londres, abordent le gratte-ciel de l’ennemi, transforment leurs classeurs en armes et font passer les cadres par-dessus la planche. La piraterie dit la violence du monde de l’entreprise bien mieux qu’une scène réaliste.

C’est un traitement long : l’entrée se construit à vue (le bureau devient peu à peu un galion) et la fin est nette (les clercs finissent par tomber du bord du monde).

Deux réflexes & une règle de découpe

Partir du quotidien et surligner. On traite un fait ordinaire ; le traitement le rend remarquable en disant « c’est ça qui compte » (l’attente du coup de fil, pas le coup de fil). Ce surlignage doit ensuite orienter la suite.
Entrées & sorties. Pour un mini-traitement, l’entrée et le retour sont francs (cut). Pour un traitement long, l’entrée peut se construire à vue, mais la fin doit être nette.

Vidéos (dossier Drive) : Monty Python — The Crimson Permanent Assurance (le glissement complet) ; Bref — On était des gamins (rythme, voix intérieure, surlignage).

🔥

Échauffement

25 min

A) Le métier-univers

6’
Objectif : réactiver le réflexe métaphorique en reliant vite un métier à un univers.

Dispositif :

  • En cercle. Une personne lance un métier (« dentiste »), la suivante propose un univers de transposition (« …c’est de la spéléologie ») et un geste qui l’incarne.
  • Enchaîner vite, sans valider la « justesse » : on cherche le volume d’idées.
Point pédagogique : le traitement commence par voir une activité comme une autre. On muscle ce saut.

B) La machine métaphorique

9’
Objectif : construire une image collective qui évolue, et écouter le groupe pour faire corps.

Dispositif :

  • Un·e joueur·euse entre et fait un geste répété + un son. Les autres s’ajoutent un·e à un·e pour former une machine collective.
  • Le·la formateur·rice nomme alors ce que la machine « fabrique » (« c’est l’administration », « c’est l’amour ») : la machine se laisse recolorer par ce sens.
Point pédagogique : une métaphore tient quand tout le monde la nourrit ensemble. On s’entraîne à faire bloc autour d’une même image.

C) Transformer le lieu

10’
Objectif : faire le pont vers le glissement : un même espace devient autre chose sous nos yeux.

Dispositif :

  • Un lieu banal est installé (une salle d’attente). Au signal, le groupe le transforme collectivement en un autre univers (un champ de bataille, une jungle), par le corps et le son, sans un mot.
  • Puis on revient au lieu de départ. On observe ce qui « reste » de la transformation.
Point pédagogique : on répète déjà le cycle réel → métaphore → réel, et la notion de trace, à l’échelle de l’espace.
🎯

Exercices

50 min

A) Le glissement de situation

18’
Objectif : faire basculer une scène réaliste dans une métaphore filée, en gardant le sujet de départ dans les répliques.

Dispositif :

  • On définit une situation réaliste (un bureau des impôts) et un univers de transposition (la piraterie).
  • La scène pose d’abord le réel (2–3 répliques d’impôts bien installées), puis glisse : le jeu, les émotions, l’espace deviennent la piraterie, mais on continue de parler d’impôts.
Exemple : « Monsieur, votre déclaration 2025… » devient un interrogatoire de contribuable jeté par-dessus bord, livré aux crocodiles du fisc — tout en remplissant le formulaire.
Point pédagogique : la règle d’or : le corps et l’émotion transposent, le texte garde le sujet. C’est ce double niveau qui fait le traitement.
Débriefing : le glissement était-il progressif ou trop brutal ? A-t-on gardé le fil du sujet réel ?

B) Les trois temps, décomposés

16’
Objectif : maîtriser la structure complète en la jouant temps par temps, au signal.

Dispositif :

  • Même duo, scène neuve. Le·la formateur·rice annonce les temps à voix haute :
1. Mise en place
  • Poser le réel, clairement : qui, où, quoi. On doit croire à la scène ordinaire avant tout glissement.
2. Bascule onirique
  • On glisse dans la métaphore. C’est là qu’on dit l’indicible : la peur, le désir, la violence que la scène réaliste taisait.
3. Retour au réel
  • On revient à la scène de départ. Les personnages sont changés par ce qui vient de se jouer.
Point pédagogique : beaucoup d’impros « traitement » oublient le temps 1 ou le temps 3. Sans mise en place, le glissement ne veut rien dire ; sans retour, il ne sert à rien.
Débriefing : quel temps a manqué ou été bâclé ? Le temps 2 a-t-il vraiment dit quelque chose de neuf ?

C) L’art de la trace

16’
Objectif : travailler spécifiquement le retour : laisser 2–3 traces de la métaphore dans la scène réaliste, avec parcimonie.

Dispositif :

  • On rejoue uniquement le temps 3 de scènes déjà basculées. Consigne : glisser deux ou trois traces de l’univers métaphorique, pas plus.
  • Les traces peuvent être un objet détourné (le coupe-papier-épée), un détail du corps (un cache-œil « à cause d’une conjonctivite »), un élément d’espace (une flaque d’eau, une « fuite » au sol).
Point pédagogique : la trace est un clin d’œil, pas un résumé. Trois traces fines valent mieux que dix appuyées : elles prolongent la métaphore dans le réel sans la répéter.
Débriefing : quelles traces ont fait sourire ou résonner ? À partir de quand devient-ce too much ?
🎭

Jeu — Les traitements joués en grand

30 min

Mini-numéros de traitement

30’
Objectif : intégrer les trois temps et les traces dans des traitements complets, joués les uns pour les autres.

Mise en place :

  • On forme des sous-groupes. Chacun reçoit (ou tire) une situation réaliste et choisit son univers de transposition.
  • Quelques minutes pour se mettre d’accord sur le sujet et l’image — pas pour écrire la scène.
  • Chaque sous-groupe joue son traitement complet devant les autres : mise en place, bascule, retour avec traces.
Critères de réussite
  • On a cru à la scène réaliste avant le glissement.
  • La métaphore a dit quelque chose que le réel taisait.
  • Le retour porte 2–3 traces, ni zéro ni dix.
  • Découpe : si c’est court, entrée et sortie cut ; si c’est long, entrée à vue possible mais fin nette.
Point pédagogique : c’est l’aboutissement des deux cours : la comparaison et la métaphore se mettent au service d’une scène entière, structurée et lisible.
Débriefing (compris dans la conclusion) : quel traitement était le plus lisible ? Lequel a le plus ému ou fait rire, et pourquoi ?
✔️

Conclusion

10 min

Points clés à retenir :

Trois temps : mise en place, bascule onirique, retour avec traces — les trois sont indispensables.
Poser le réel d’abord : sans scène ordinaire crédible, le glissement ne dit rien.
Le texte garde le sujet : le corps et l’émotion transposent, les répliques restent ancrées.
Dire l’indicible : la bascule existe pour exprimer ce que le réel ne pouvait pas.
L’art de la trace : 2–3 traces fines au retour, jamais le résumé de la métaphore.
Le glissement est progressif : on coule d’un monde à l’autre, on ne saute pas.

Rituel de fin : clap collectif.

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Récapitulatif

120 min
PartieContenuDuréeFormat
PréambuleLes trois temps & le modèle comptables-pirates5’Théorie
Échauffement ALe métier-univers6’Cercle
Échauffement BLa machine métaphorique9’Groupe
Échauffement CTransformer le lieu10’Groupe
Exercice ALe glissement de situation18’Duos
Exercice BLes trois temps, décomposés16’Duos
Exercice CL’art de la trace16’Duos
JeuLes traitements joués en grand30’Sous-groupes
ConclusionPoints clés + rituel10’Collectif
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Annexe

Les trois temps du traitement
  • 1. Mise en place : on pose le réel clairement (qui, où, quoi). On y croit.
  • 2. Bascule onirique : la scène glisse dans la métaphore filée et dit l’indicible.
  • 3. Retour avec traces : on revient au réel ; 2–3 traces fines prolongent la métaphore.
Banque de couples situation / univers (pour lancer les exercices)
  • Le bureau des impôts → la piraterie / l’abordage.
  • Un rendez-vous Tinder → un entretien d’embauche militaire.
  • Une réunion de copropriété → un procès d’assises.
  • Un cours de fitness → un dressage d’animaux de cirque.
  • Le service clientèle téléphonique → une séance de spiritisme.
  • Une consultation chez le dentiste → un interrogatoire d’espionnage.
  • Faire les courses → une expédition de survie en montagne.
Exemples de traces (au retour)
  • Objet détourné : un coupe-papier brandi comme une épée.
  • Détail du corps : un cache-œil, une démarche qui boite, une main qui tremble.
  • Élément d’espace : une flaque d’eau au sol, une chaise renversée, une « fuite » inexpliquée.
  • Langage : un mot de l’univers métaphorique qui « échappe » dans une réplique.
La règle de découpe (entrées / sorties)
  • Mini-traitement : entrée et retour francs (cut) — on bascule et on revient sans transition.
  • Traitement long & complexe : entrée qui se construit à vue (le réel se métamorphose progressivement), mais fin nette.
Vidéos d’exemples (dossier Drive)
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