Cours-type : Collaboration & intentions de jeu

Cours T9 — Intermédiaire — Cours 3

Collaboration & intentions de jeu

« Rends ton·ta partenaire brillant·e, et tu seras brillant·e à ton tour. »
Niveau
Intermédiaire (T9)
Durée
2 heures (120 min)
Thème
Collaboration & Lecture d’intentions
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Préambule

5 min
Intention pédagogique : Distinguer les informations de jeu (ce qu’un·e partenaire communique dans la scène) des intentions de jeu (ce qu’iel veut qu’il se passe). Comprendre que la collaboration en impro repose sur la capacité à lire les deux et à y répondre avec générosité.

Ce cours s’appuie sur deux piliers complémentaires :

1. Les informations de jeu — Tout ce que la scène dit

En impro, chaque partenaire communique en permanence des informations de jeu : le texte verbal, bien sûr, mais aussi la posture, le rythme, le ton, l’occupation de l’espace, les émotions visibles, les gestes. Robert Gravel parlait d’« écoute totale » : écouter avec les oreilles, les yeux et le corps.

Collaborer, c’est d’abord récolter ces informations puis les utiliser pour construire ensemble — plutôt que de plaquer ses propres idées par-dessus celles de l’autre.

2. Les intentions de jeu — Ce que l’autre veut

Derrière chaque action sur scène se cache une intention : un désir, un objectif, une direction. Un personnage qui range nerveusement un tiroir ne veut pas juste ranger — iel veut peut-être éviter une conversation, ou reprendre le contrôle, ou cacher quelque chose.

Lire l’intention du·de la partenaire (pas seulement du personnage), c’est comprendre où iel veut emmener la scène. On peut alors la soutenir, la nourrir, ou créer un obstacle intéressant — mais toujours en connaissance de cause.

Information de jeu = QUOI   |   Intention de jeu = POURQUOI

Rappel : « Oui, et... » ne signifie pas accepter passivement. C’est recevoir l’information de l’autre, la comprendre, et y ajouter sa propre pierre — avec générosité.

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Échauffement

25 min

A) Le fil invisible

10’
Objectif : Développer la lecture corporelle du·de la partenaire. Apprendre à capter les informations non verbales (rythme, énergie, direction, émotion).

Dispositif :

  • En duos, debout, face à face, à environ 2 mètres.
  • Imaginer un fil invisible qui relie les deux partenaires au niveau du sternum.
  • Phase 1 (3’) — Miroir silencieux : A bouge lentement (déplacements, gestes, émotions), B suit en miroir. Pas de parole. Pas de signal de départ. Le fil maintient la connexion.
  • Phase 2 (3’) — Échange du lead : le lead passe de A à B de manière fluide, sans annonce. Les deux doivent sentir qui guide à chaque instant.
  • Phase 3 (4’) — Personne ne guide : aucun·e des deux ne décide consciemment. Le mouvement émerge de l’écoute mutuelle. Ajouter progressivement des sons, puis des mots.
Point pédagogique : La phase 3 est la plus riche et la plus déstabilisante. Si ça ne fonctionne pas tout de suite, c’est normal : c’est exactement cette sensation de « laisser émerger » qu’on cherche à cultiver pour les scènes collaboratives. Veiller à ce que les duos ralentissent plutôt qu’accélèrent.

B) La phrase-rebond

5’
Objectif : Entraîner la réactivité aux informations verbales du·de la partenaire. Chaque phrase doit contenir un élément de la phrase précédente.

Dispositif :

  • En cercle. Chaque personne dit une phrase.
  • La phrase suivante doit intégrer au moins un élément concret de la phrase précédente (un mot, une image, une émotion) — pas forcément le sens global, mais un détail précis.
  • Rythme rapide : pas plus de 3 secondes de réflexion.
1 : « Le chat dort sur la fenêtre. »
2 : « La fenêtre donne sur un marché bruyant. »
3 : « Au marché, une vieille dame vend des parapluies. »
4 : « Ses parapluies n’ont jamais vu la pluie. »
Point pédagogique : Exercice court mais précieux pour repérer les élèves qui « attendent leur tour » au lieu d’écouter. Celles et ceux qui préparent leur phrase à l’avance se font systématiquement surprendre — c’est le but.

C) Oui, c’est génial !

10’
Objectif : Activer le réflexe d’accueil enthousiaste des propositions. Déverrouiller la générosité face à ce que l’autre apporte.

Dispositif :

  • En duos, face à face.
  • A fait une proposition (verbale ou physique) : « Tiens, un piano ! » ou mime quelque chose.
  • B répond systématiquement par « Oui, c’est génial ! » avec un enthousiasme sincère, puis ajoute quelque chose à la proposition.
  • A répond à son tour avec le même enthousiasme, et ainsi de suite.
  • Alterner les rôles après 2 minutes.
A : « Regarde, y’a un piano dans le jardin ! »
B : « Oui, c’est génial ! Et il est accordé sur les chants d’oiseaux ! »
A : « Oui, c’est génial ! Du coup les mésanges viennent se poser sur les touches ! »
Point pédagogique : L’exercice paraît simple mais révèle vite les réflexes de négation déguisée (« Oui, c’est génial, mais... »). L’enthousiasme forcé au début finit par devenir sincère — c’est le but. Cela crée un climat de confiance pour la suite du cours.
🎯

Exercices

55 min

A) Le·la deuxième entre en piste

25’
Objectif : Apprendre à lire les informations de jeu posées par un·e partenaire avant d’intervenir — et entrer en scène avec une proposition qui s’appuie sur ce qui existe déjà, plutôt que de plaquer sa propre idée.

Règle fondamentale :

« Le·la second·e participant·e n’intervient que lorsque le·la premier·ère a posé clairement les bases de la relation, du lieu et de l’état émotionnel. » Pas avant. Patience.

Phase 1 — Le solo lisible (10’)
  • Un·e élève entre seul·e sur scène et pose un maximum d’informations de jeu en 60–90 secondes : qui suis-je ? où suis-je ? que fais-je ? quel est mon état émotionnel ?
  • Le reste du groupe regarde. Après le solo, chacun·e note mentalement les informations qu’iel a reçues (lieu, métier, humeur, époque, etc.).
  • Tour de parole rapide : quelles informations avez-vous captées ? Le·la soliste confirme ou ajuste.
  • Faire passer 3–4 solos.
Phase 2 — L’entrée complémentaire (15’)
  • Même dispositif : un·e soliste pose la scène (60–90’’).
  • Quand le·la formateur·rice fait un signe, un·e deuxième entre en scène.
  • Son entrée doit répondre aux informations posées : si A est un·e médecin stressé·e dans son cabinet, B entre en tant que patient·e, collègue, ou proche — pas en tant qu’astronaute perdu·e.
  • La scène se joue 2–3 minutes puis on arrête.
  • Débriefing rapide : quelles informations B a-t-iel utilisées ? Qu’a-t-iel ajouté ? L’entrée était-elle cohérente avec le monde posé par A ?
Point pédagogique : L’erreur classique du·de la deuxième est d’arriver avec une « super idée » qui ignore tout ce que A a posé. C’est le réflexe à déconstruire : entrer en réponse, pas en imposition. Partager le fardeau de la création, c’est d’abord honorer ce qui existe déjà.
Débriefing : Est-ce que B a pris le temps d’observer avant d’entrer ? Quelles informations de A étaient les plus lisibles (verbales vs corporelles) ? B a-t-iel apporté quelque chose de nouveau tout en restant cohérent·e ? Y a-t-il eu un moment de « connexion » où la scène a décollé ?

B) Scènes à intentions cachées

20’
Objectif : Développer la capacité à lire les intentions du·de la partenaire (pas seulement les informations). Distinguer ce qu’un personnage dit de ce qu’iel veut vraiment.

Dispositif :

  • Préparer des cartes d’intentions (ou les murmurer à l’oreille) : des désirs de personnage simples mais pas explicites.
Exemples de cartes :
« Tu veux partir mais tu n’oses pas »  |  « Tu veux te rapprocher de l’autre »
« Tu caches une mauvaise nouvelle »  |  « Tu veux être pardonné·e »
« Tu veux que l’autre prenne une décision à ta place »  |  « Tu veux impressionner »
Phase 1 — Une seule intention (10’)
  • Scène en duo. Seul·e A reçoit une intention cachée. B ne sait rien.
  • A joue la scène en laissant transparaitre son intention sans jamais la verbaliser directement.
  • Après 2–3 minutes, on gèle. Le public et B doivent deviner l’intention de A.
  • Discussion : quels indices ont été les plus parlants ?
Phase 2 — Deux intentions croisées (10’)
  • Les deux partenaires reçoivent une intention cachée (possiblement contradictoire).
  • Iels jouent la scène en cherchant à deviner l’intention de l’autre tout en poursuivant la leur.
  • Après la scène, chacun·e révèle son intention. Le public dit à quel moment iels ont compris.
Point pédagogique : La phase 2 crée des tensions dramatiques passionnantes quand les intentions se confrontent. C’est exactement ce qui se passe dans les bonnes scènes : chaque personnage veut quelque chose, et le conflit naît de la rencontre de ces désirs. Encourager les élèves à montrer leur intention par le corps et le sous-texte, pas seulement par les mots.
Débriefing : À quel moment avez-vous compris l’intention de votre partenaire ? Qu’est-ce qui vous a mis·e sur la piste — un geste, un silence, un changement de ton ? Quand les deux intentions étaient contradictoires, qu’est-ce qui s’est passé dans la scène ? Était-ce plus riche ou plus chaotique ?

C) Le cadeau invisible

10’
Objectif : Apprendre à reconnaître et à utiliser les « cadeaux » (offres) que le·la partenaire dépose dans la scène. Ne rien laisser tomber.

Dispositif :

  • Scène en duo (3–4 min).
  • Consigne à A : glisser volontairement 3 cadeaux dans la scène — des offres précises, parfois subtiles (un détail sur le passé commun, un objet important, une émotion inattendue).
  • Consigne à B : repérer chaque cadeau et le réutiliser dans la scène (le mentionner à nouveau, le développer, s’en servir comme levier émotionnel).
  • Après la scène, A révèle ses 3 cadeaux. Le public dit lesquels B a utilisés et lesquels sont tombés.
  • Alterner les rôles. Faire passer 3–4 duos.
Cadeau subtil : « C’est drôle, ça sent la cannelle ici, comme chez grand-mère. »
Bonne réponse : B intègre « grand-mère » et/ou « cannelle » plus tard dans la scène.
Cadeau perdu : B ignore complètement la réplique et change de sujet.
Point pédagogique : Exercice idéal pour montrer concrètement ce que veut dire « rendre son·sa partenaire brillant·e » : quand B reprend un cadeau de A, la scène devient plus riche pour tout le monde. Cela rejoint le principe de réincorporation vu dans les cours précédents, appliqué ici au niveau de la relation entre partenaires.
🎭

Jeu

30 min

Scènes à collaboration totale

30’
Objectif : Mettre en pratique toutes les compétences du cours dans des scènes ouvertes. Les élèves jouent en se concentrant sur la lecture de leur partenaire (informations + intentions) et sur la générosité de leurs réponses.

Mise en place :

  • Scènes en duos, 5–7 minutes chacune.
  • Le·la formateur·rice donne une situation de départ simple (un lieu + une relation) : « Deux ami·e·s d’enfance se retrouvent dans un aéroport », « Un·e patron·ne et son·sa employé·e après une journée difficile », etc.
  • Aucune consigne secrète cette fois : les deux partenaires construisent librement.

Consignes aux joueur·euse·s :

  • Observez avant d’agir : que me dit le corps de mon·ma partenaire ?
  • Utilisez ce que l’autre apporte : pas de plan préconçu, répondez à ce qui est là.
  • Cherchez l’intention : où veut-iel aller ? Soutenez cette direction ou créez un obstacle intéressant (pas gratuit).
  • Offrez des cadeaux : déposez des informations précieuses et voyez si votre partenaire les relève.

Consignes au public :

  • Repérer les moments de connexion : quand est-ce que les deux partenaires semblaient parfaitement synchronisé·e·s ?
  • Repérer les cadeaux perdus : quelles offres n’ont pas été relevées ?
  • Repérer les intentions lisibles : quand a-t-on compris ce que voulait un personnage avant qu’iel ne le dise ?
Déroulement
  • 3–4 scènes de 5–7 minutes.
  • Après chaque scène, débriefing structuré (2–3 min) : d’abord les joueur·euse·s partagent leur ressenti (« Qu’est-ce que j’ai vu/compris de mon·ma partenaire ? »), puis le public complète.
  • Le·la formateur·rice souligne les réussites (même infimes) plutôt que les manques.
Débriefing général : Y a-t-il eu des moments où vous avez senti que votre partenaire vous « portait » ? Qu’est-ce que ça fait, dans le jeu, de se sentir soutenu·e vs seul·e ? Qu’est-ce qui rend une entrée en scène « généreuse » plutôt qu’« égoïste » ? Quand avez-vous réussi à lire l’intention de l’autre sans qu’iel ne la verbalise ?
✔️

Conclusion

5 min

Résumé des points clés :

Les informations de jeu (QUOI) = tout ce que le·la partenaire communique : texte, corps, ton, espace, émotions. L’écoute totale capte tout ça.
Les intentions de jeu (POURQUOI) = ce que le·la partenaire veut qu’il se passe dans la scène. Les lire, c’est jouer avec plutôt qu’à côté.
Entrer en réponse, pas en imposition. Honorer ce qui existe avant d’ajouter sa pierre.
Les cadeaux sont partout : un détail, une émotion, une image. Les relever rend la scène plus riche pour tout le monde.
« Rends ton·ta partenaire brillant·e » ne signifie pas être passif·ve. C’est soutenir par des choix forts et généreux.
Les intentions contradictoires entre personnages = moteur dramatique. Le conflit naît de la rencontre de deux désirs, pas de la négation de l’autre.

Annoncer le cours suivant. Rituel de fin : clap collectif.

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Récapitulatif

120 min
PartieContenuDuréeFormat
PréambuleInformations de jeu vs intentions de jeu + écoute totale5’Théorie
Échauffement ALe fil invisible (miroir → lead partagé → personne ne guide)10’Duos
Échauffement BLa phrase-rebond (réactivité verbale)5’Cercle
Échauffement COui, c’est génial ! (accueil enthousiaste)10’Duos
Exercice ALe·la deuxième entre en piste (solo lisible + entrée complémentaire)25’Solos → duos
Exercice BScènes à intentions cachées (1 intention puis 2 croisées)20’Duos
Exercice CLe cadeau invisible (offres à repérer et réutiliser)10’Duos
JeuScènes à collaboration totale (3–4 scènes de 5–7’)30’Duos
ConclusionRésumé et rituel de fin5’Collectif
Évaluation
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