Cours-type : Les traitements (part. 1)

Cours T9 — Avancé — Cours 9

Les traitements (1) : entrer dans l’image

« Le plus grand talent, c’est de savoir faire des métaphores. » — Aristote, Poétique
Niveau
Avancé (T9)
Durée
2 heures (120 min)
Thème
Comparaison → métaphore
Suite
T9.10 — Le traitement complet
📖

Préambule

5 min
Réel / réalité, et la gradation du traitement

Un traitement, c’est imager une situation pour dire ce qu’une scène réaliste ne dirait pas. On quitte le réel (ce qui se passe littéralement) pour rendre visible la réalité intérieure des personnages. On y accède par marches, de la plus instinctive à la plus construite :

LANGUE SENSITIVE → EXPRESSIONS IMAGÉES → COMPARAISON → MÉTAPHORE → TRAITEMENT
(la sensation) → (le décalage) → (« c’est comme… ») → (imager le ressenti) → (glisser toute la scène)

Aujourd’hui, on monte les marches jusqu’à la métaphore : réveiller la langue sensitive, jouer les expressions imagées (pour le décalage entre le dialogue et l’action), comparer, puis donner corps à l’émotion. Le traitement complet sera le cœur du cours T9.10.

Deux réflexes à garder

Partir du quotidien. L’image fonctionne mieux sur une situation, un fait ou une émotion ordinaires — pas sur quelque chose déjà extraordinaire.
Surligner. Le traitement rend la chose traitée remarquable : il dit « c’est ça qui compte » (l’attente du coup de fil, pas le coup de fil). Ce surlignage doit ensuite orienter la suite de la scène.

Exemples vidéo (dossier Drive) : Scrubs — Mandy Moore (s05e09) pour l’aparté visuel ; Bref — Mon pote s’est fait larguer et Bref — J’étais à côté de cette fille pour la voix intérieure et le montage.

🔥

Échauffement

25 min

A) La langue sensitive

9’
Objectif : réveiller la première marche, la plus instinctive : laisser le langage agir sur le corps et la sensation.

Dispositif :

  • Marche dans l’espace. Le·la formateur·rice lance des états dits en langage courant, que chacun·e incarne aussitôt : « être un gros lourd », « se sentir plus léger », « être collant », « être à plat », « gonflé·e à bloc ».
  • On laisse la sensation modifier la démarche, le poids, le rythme — sans jouer une scène, juste être traversé·e par le mot.
Point pédagogique : la langue est déjà sensitive. Avant toute figure de style, on réveille ce réflexe : un mot du quotidien porte une sensation physique immédiate.

B) Les expressions imagées

16’
Objectif : jouer le décalage entre le dialogue et l’action : convoquer une expression imagée, la prendre au pied de la lettre, puis en ressortir vite.

Dispositif :

  • En duos, une scène banale. Au signal, un·e joueur·euse prend une expression imagée au pied de la lettre et la joue physiquement, pendant que le dialogue continue normalement.
  • Exemples à piocher : « déposer son sac », « en avoir plein le dos », « pédaler dans la semoule », « poser un lapin », « rouler dans la farine ».
  • On entre et on sort vite de l’image : c’est un aller-retour franc, pas une installation.
Point pédagogique : c’est rarement brillant — et ce n’est pas le but. L’exercice ouvre l’accès au décalage entre ce qu’on dit et ce qu’on montre, matière première du traitement.
Débriefing : l’aller-retour était-il assez net ? Le dialogue a-t-il tenu pendant l’image ?
🎯

Exercices

50 min

A) La comparaison illustrée

16’
Objectif : passer de la comparaison dite à la comparaison jouée : le corps et l’espace épousent l’image.

Dispositif :

  • En duos. A raconte un événement banal de sa journée en le comparant à un univers fort (« mon trajet en bus, c’était une expédition polaire »).
  • B devient le partenaire de jeu de l’univers : ensemble, iels jouent l’expédition polaire… tout en parlant du trajet en bus.
Point pédagogique : la comparaison cesse d’être un mot pour devenir un monde concret. On apprend à tenir deux niveaux : ce dont on parle, et ce qu’on montre.
Débriefing : à quel moment l’image a-t-elle pris vie ? Qu’est-ce qui la rendait lisible plutôt qu’illustrative ?

B) Danser l’émotion

16’
Objectif : rendre visible le ressenti d’un personnage par le mouvement, sans quitter la scène trop longtemps.

Dispositif :

  • Une scène à deux démarre normalement. Au signal du·de la formateur·rice (une frappe), un·e des joueur·euse·s danse son émotion du moment : 10–15 secondes de mouvement pur qui traduit l’intérieur.
  • Nouvelle frappe : on reprend la scène là où elle s’était arrêtée.
Variante — la danse partagée
  • Les deux personnages dansent leurs émotions en même temps : on lit le rapport entre les deux ressentis.
Point pédagogique : la métaphore peut être purement physique. Danser l’émotion libère ce que les mots censurent, et nourrit ensuite le jeu parlé.
Débriefing : la danse a-t-elle révélé une émotion qu’on ne soupçonnait pas ? Comment le retour à la scène s’en est-il trouvé chargé ?

C) L’aparté visuel

18’
Objectif : faire coexister une réplique réaliste et une image métaphorique simultanée, sans casser la scène.

Dispositif :

  • En duos. A annonce quelque chose de fort à B (une rupture, un licenciement, une mauvaise nouvelle) et continue de parler normalement, comme si tout était ordinaire.
  • B, lui·elle, bascule dans un aparté visuel : il·elle image physiquement ce qu’il·elle ressent (se poignarder le cœur, s’effondrer au ralenti, se noyer…) tout en restant dans la scène.
  • On inverse les rôles ensuite.
Exemple : A : « …du coup je pars vivre à l’étranger, tu peux garder l’appartement. » Pendant ce temps, B mime un poignard planté dans la poitrine et s’ouvre lentement les entrailles — puis se relève et répond : « D’accord. Tu veux du thé ? »
Point pédagogique : c’est le cœur de la métaphore en jeu : deux vérités à la fois, le dehors qui fait semblant et le dedans qui hurle. Le contraste crée l’émotion et le comique.
Débriefing : qu’est-ce qui rend l’aparté lisible ? Pourquoi est-il essentiel que l’autre ne réagisse pas à l’image ?
🎭

Jeu — La bulle mentale (façon Scrubs)

30 min

La bulle mentale

30’
Objectif : synthétiser comparaison et métaphore dans un dispositif joué : la scène réaliste s’ouvre par instants sur l’imaginaire d’un personnage, puis se referme.

Mise en place :

  • Une scène réaliste se joue (un entretien, un repas, une salle d’attente).
  • Au signal, le temps se fige pour tout le monde sauf un personnage, qui entre dans sa bulle mentale : une courte image onirique de ce qu’il pense ou redoute. Des partenaires peuvent venir incarner cette image.
  • Nouveau signal : la bulle éclate, la scène réaliste reprend exactement où elle en était.
Consignes de jeu
  • La bulle dit quelque chose qu’on ne pourrait pas dire dans la scène réaliste.
  • Rester court : une image forte vaut mieux qu’une longue digression.
  • Au retour, le personnage est changé par ce qu’il vient de vivre intérieurement.
Point pédagogique : on goûte déjà au glissement réel → imaginaire → réel, qui sera la colonne vertébrale du traitement complet (cours T9.10).
Débriefing (compris dans la conclusion) : quelles bulles ont vraiment éclairé le personnage ? Quand le retour a-t-il manqué sa charge ?
✔️

Conclusion

10 min

Points clés à retenir :

Trois marches : comparaison, métaphore, traitement — aujourd’hui les deux premières.
Réel vs réalité : l’image rend visible le ressenti, pas le littéral.
Une image concrète : sensorielle et précise, elle se joue ; vague, elle illustre seulement.
Deux vérités à la fois : dans l’aparté, le dehors continue, le dedans parle.
Le corps d’abord : danser ou sculpter l’émotion libère ce que les mots retiennent.
Vers le traitement : réel → imaginaire → réel, à approfondir au prochain cours.

Rituel de fin : clap collectif.

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Récapitulatif

120 min
PartieContenuDuréeFormat
PréambuleRéel/réalité, gradation & tips (quotidien, surlignage)5’Théorie
Échauffement ALa langue sensitive9’Groupe
Échauffement BLes expressions imagées16’Duos
Exercice ALa comparaison illustrée16’Duos
Exercice BDanser l’émotion16’Duos
Exercice CL’aparté visuel18’Duos
JeuLa bulle mentale (façon Scrubs)30’Groupe
ConclusionPoints clés + rituel10’Collectif
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Annexe

Les cinq marches vers le traitement
  • Langue sensitive : un mot du quotidien porte une sensation (« être un gros lourd », « plus léger », « collant »). Très instinctif.
  • Expressions imagées : prises au pied de la lettre, elles ouvrent le décalage dialogue / action. On entre et on sort vite.
  • Comparaison : « X, c’est comme Y ». Un rapprochement dit ou montré.
  • Métaphore : on image le ressenti (aparté visuel, danse de l’émotion) pendant que la scène continue.
  • Traitement : toute la scène glisse dans la métaphore, puis revient au réel en gardant des traces. — Développé en T9.10.
Banques pour lancer les exercices
  • Langue sensitive : être un gros lourd, se sentir plus léger, être collant, être à plat, gonflé·e à bloc, avoir les jambes en coton, se sentir tout petit.
  • Expressions imagées : déposer son sac, en avoir plein le dos, pédaler dans la semoule, poser un lapin, rouler dans la farine, avoir un poids sur les épaules, tomber des nues.
  • Émotions : jalousie, soulagement, trac, ennui, colère rentrée, tendresse, honte, euphorie, lassitude, peur.
  • Situations du quotidien à imager : attendre un coup de fil, le bus, un entretien, un premier rendez-vous, la queue, un repas de famille, un mail difficile.
Vidéos d’exemples (dossier Drive)
Évaluation
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