Cours-Type : Exploration du Harold
Exploration du Harold
Préambule
Créé par Del Close et développé à l’ImprovOlympic (aujourd’hui iO Chicago) avec Charna Halpern, le Harold est le format fondateur du long format américain. Son principe : à partir d’une seule suggestion du public, faire émerger trois scènes apparemment sans lien qui finissent par se connecter et résonner entre elles.
Beat 1 : Scène A1 — Scène B1 — Scène C1
↓ Group Game ↓
Beat 2 : Scène A2 — Scène B2 — Scène C2
↓ Group Game ↓
Beat 3 : Les scènes convergent — les connexions émergent
- Opening : Un jeu de groupe qui explore la suggestion sous tous ses angles (associations, thèmes, émotions). C’est le terreau de tout ce qui va suivre.
- Beat 1 : Trois scènes distinctes (A, B, C). Chacune plante des personnages, une relation, un enjeu. C’est la plateforme du Harold.
- Group Game : Un jeu collectif entre les beats — un moment de respiration et d’énergie partagée qui peut nourrir les scènes suivantes.
- Beat 2 : Les mêmes scènes reviennent, mais la situation a évolué. Le curseur s’est déplacé : les enjeux montent, les personnages changent.
- Beat 3 : Les scènes A, B, C commencent à se croiser, se répondre, fusionner. Des éléments plantés au Beat 1 reviennent et prennent un nouveau sens. C’est la convergence.
« Le Harold mange tout » (Del Close) : il absorbe toutes les techniques — scènes à deux, monologues, chansons, jeux de groupe. Charna Halpern le compare au jazz : toutes ces petites pièces séparées finissent par s’assembler pour former une seule et même chanson.
Les scènes du Beat 1 sont comme les piquets éloignés d’un tipi plantés au sol. En se développant, ces piquets s’élèvent et ont l’espace nécessaire pour se rejoindre et converger au sommet. Plus les scènes sont distinctes au départ, plus la convergence finale est spectaculaire.
Trois principes moteurs :
- Réincorporation : Tout élément semé peut (et doit) revenir. Un détail anodin du Beat 1 devient la clé de voûte du Beat 3.
- Rapport au partenaire : Le·la second·e participant·e n’intervient que lorsque le·la premier·ère a clairement posé les bases de la relation. Pas de précipitation. Comprendre avant de s’engager.
- Le Book-end : Le Harold est un cercle, pas une ligne droite. La fin du spectacle recrée l’énergie ou l’image scénique de l’ouverture — on boucle la boucle.
Échauffement
A) Action-Réaction en chaîne
10 minDéroulement :
- Duos. Une personne commence une action physique simple (ouvrir une porte, s’asseoir, prendre un objet).
- Le·la partenaire s’inscrit complètement dans cette action, sans la contrarier, pour avancer dans un projet commun.
- L’action en entraîne une autre, qui en entraîne une autre, dans un enchaînement ininterrompu. On ne cherche pas loin — on s’appuie sur ce qui vient d’être fait.
Règles :
- Pas de négation. On accepte et on prolonge.
- Pas d’hésitation. Posez des actes et osez des affirmations fortes. L’hésitation et la précaution entravent la création.
- Aller au bout des chemins ouverts, en refusant l’approximation.
B) Le Rephrasing — Ouverture à la Napier
10 minDéroulement :
- Tout le groupe debout, en cercle. Le·la formateur·rice donne une suggestion (un mot du quotidien).
- Personne 1 : fait une déclaration, une affirmation ou une théorie sur le fonctionnement de la vie, inspirée par la suggestion. Pas besoin d’être drôle.
- Personne 2 : entre et reformule entièrement l’idée de la première phrase avec des mots différents, tout en restant fidèle à son essence.
- Personne 3 : reformule à nouveau — même idée de fond, nouvelles images.
- Après 3 reformulations, quelqu’un lance une nouvelle déclaration (toujours liée à la suggestion). Le cycle recommence.
Exemple — Suggestion : « clés »
P1 : « On passe sa vie à chercher des choses qu’on avait déjà. »
P2 : « Le plus dur n’est pas de trouver la porte, c’est de se rappeler qu’on a la clé dans la poche. »
P3 : « Parfois la réponse était là depuis le début, mais on regardait ailleurs. »
Faire 3–4 cycles avec des suggestions différentes.
Règle clé — Énergie de présentation :
- L’opening du Harold n’est pas une scène classique : le quatrième mur n’existe pas. Toute prise de parole s’adresse au public, pas aux partenaires.
- Règle du non-regard : les joueur·se·s n’ont aucun contact visuel avec leurs partenaires quand iels parlent. Iels se regardent quand iels écoutent, mais la parole va vers le public.
Le Snap — Transition opening → première scène :
- Quand l’exploration collective est résolue, la quasi-totalité du groupe quitte le plateau pour ne laisser que deux personnes.
- Ce « snap » crée un contraste saisissant entre l’énergie bouillonnante du groupe et la patience de la première scène à deux. C’est un choix de mise en scène délibéré.
Exercices
A) Le mot aléatoire — Réincorporation
15 minDéroulement :
- En duos. Personne A commence à raconter une histoire.
- Personne B crie un mot aléatoire (généralement un nom concret) toutes les 10 secondes environ.
- Personne A doit inclure ce mot dans son histoire dès que possible, de manière organique.
Exemple :
A : « Il était une fois un petit garçon nommé Tony qui aimait jouer avec des soldats de plomb... »
B : « Fraises ! »
A : « ...Il donnait des fraises aux soldats de plomb pour leurs pique-niques spéciaux... »
- Tour 1 : A raconte, B donne des mots. 2 min, puis on inverse.
- Tour 2 : Même chose, mais B donne des mots plus abstraits (sentiments, couleurs, textures).
- Tour 3 : A doit non seulement inclure le mot, mais le relier à un élément déjà planté dans l’histoire. C’est la réincorporation pure : tout doit se justifier à partir des éléments déjà placés.
Pourquoi la réincorporation fonctionne :
Imaginez une scène où un fermier trait des vaches. Des extraterrestres atterrissent. S’ils l’enlèvent simplement pour l’emmener sur leur planète → aucun lien avec le début, pas de sens. Mais s’ils lui demandent de leur révéler « le secret du yaourt » → le thème laitier revient, et le public comprend que la scène touche organiquement à sa fin.
B) Two Scenes — Give & Take
20 minCet exercice vient de Viola Spolin. Il résout un problème courant : le désordre scénique quand plusieurs centres d’attention sont présents.
Mise en place :
- Deux duos sur le plateau : Duo A côté cour, Duo B côté jardin.
- Chaque duo joue une scène complètement différente (lieu, personnages, enjeu distincts).
- Le·la formateur·rice donne le focus : « Duo A ! » → Duo A joue, Duo B se fige en silence.
- Après 30–60 secondes : « Duo B ! » → Duo B reprend exactement où iel s’était arrêté, Duo A se fige.
- Alterner 4–5 fois. Faire passer 2 groupes de 4.
- Même configuration, mais cette fois les joueur·se·s gèrent eux·elles-mêmes le focus.
- Quand un duo reprend la parole, l’autre se fige automatiquement.
- Le public (le reste du groupe) observe : est-ce que l’image scénique est claire ? Sait-on toujours qui a le focus ?
- Faire passer 2–3 groupes. Encourager des prises de focus variées (certaines longues, certaines brèves).
C) Les trois beats d’une même scène
25 minMise en place :
- Duos ou trios. Le·la formateur·rice donne une situation de départ banale (deux personnes qui font une activité ensemble, un rendez-vous ordinaire, une salle d’attente).
- Jouer la scène. Poser la relation, le lieu, le comportement quotidien. Semer 2–3 détails concrets et mémorables : un surnom étrange, un objet incongru, une phrase répétée, une manie physique.
- Le·la formateur·rice coupe au bout de 2–3 minutes (« Gel ! »).
- Mêmes personnages, plus tard dans le temps (quelques heures, quelques jours, quelques années — à décider).
- La situation a changé. Les enjeux ont monté. Au moins un élément du Beat 1 revient sous un angle différent.
- Couper après 2–3 minutes.
- Dernière visite. Les détails semés au Beat 1 trouvent leur sens. La relation a été transformée.
- Encourager les comédien·ne·s à réincorporer des éléments précis (le surnom, l’objet, la phrase) pour créer un effet de boucle.
Faire passer 3 groupes. Le reste du groupe observe et note les éléments semés et réincorporés.
Jeu
Mini-Harold guidé
25–30 minMise en place :
- Tout le groupe (12–15 élèves).
- Demander au public un mot du quotidien (un objet, un lieu, une sensation).
- Le groupe fait un Rephrasing à partir de la suggestion (comme dans l’échauffement).
- 3–4 cycles de reformulations. Le·la formateur·rice coupe quand le terreau est riche.
- 3 ou 4 scènes (selon la taille du groupe), jouées successivement, inspirées par l’opening.
- Chaque scène démarre en duo. Au besoin, d’autres élèves peuvent intervenir en soutien pour enrichir la scène (passer à 3 ou 4), mais on commence toujours à deux.
- Chaque scène doit poser : qui, où, quelle relation, et semer 1–2 détails marquants.
- Les scènes n’ont aucun lien apparent entre elles. C’est normal.
- Le·la formateur·rice signale les changements de scène : « Scène B ! », « Scène C ! », « Scène D ! »
- Tout le groupe. Un jeu physique ou vocal collectif — peut être un pattern de mouvement, une chanson improvisée, une machine de sons.
- Le·la formateur·rice peut proposer une consigne simple : « Faites une machine qui représente le thème de la suggestion. »
- Les mêmes scènes (A, B, C, D) reviennent. Les mêmes personnages, mais plus tard.
- Les enjeux ont monté. Les détails du Beat 1 réapparaissent.
- Conseil aux joueur·se·s : « Qu’est-ce qui a changé depuis la dernière fois qu’on a vu ces personnages ? »
- Libérer la structure rigide : l’équipe n’est plus obligée de rejouer strictement les trois scènes. Elle enchaîne librement des threads (fils conducteurs) au gré de son inspiration.
- Des personnages de scènes différentes se rencontrent. Les éléments semés au Beat 1 trouvent un nouveau sens.
- Le·la formateur·rice peut encourager : « Un élément de la scène A apparaît dans la scène C... »
- Le Book-end : guetter l’opportunité de ramener tout le groupe sur le plateau pour recréer l’énergie ou l’image de l’ouverture. On boucle la boucle.
Conclusion
Résumé des points clés :
🎭 Voir un Harold en vrai :
L’équipe Espoirs d’Impro Suisse joue un Harold modifié le 6 juin. C’est l’occasion idéale d’observer la structure en action !
Annoncer le cours suivant. Rituel de fin : clap collectif.
Récapitulatif
| Partie | Contenu | Durée | Format |
|---|---|---|---|
| Préambule | Le Harold : origines, architecture, réincorporation, rapport au partenaire | 5’ | Théorie |
| Échauffement A | Action-Réaction en chaîne | 10’ | Duos |
| Échauffement B | Le Rephrasing — ouverture à la Napier | 10’ | Cercle / collectif |
| Exercice A | Le mot aléatoire — réincorporation | 15’ | Duos |
| Exercice B | Two Scenes — Give & Take (Spolin) | 20’ | Quatuors |
| Exercice C | Les trois beats d’une même scène | 25’ | Duos / trios |
| Jeu | Mini-Harold guidé | 25–30’ | Groupe complet |
| Conclusion | Résumé et rituel de fin | 5’ | Collectif |
Annexe — Pour aller plus loin
Le Harold est le format fondateur, mais il existe de nombreuses variantes et formats dérivés :
- Le Banc public : Toute l’action se déroule autour d’un lieu unique. Les personnages vont et viennent, les histoires se croisent naturellement par le lieu.
- Le Feu de camp : Un·e narrateur·rice raconte une histoire. Les comédien·ne·s jouent les scènes évoquées. Le·la narrateur·rice peut interrompre, commenter, revenir en arrière.
- Le Concept : Format avec rotations de duos et trios, héritage croisé d’éléments, et convergence finale. Chaque duo seme des détails que les duos suivants récupèrent et développent.
- La Evocation : Format non narratif où les scènes explorent un thème par associations libres, sans obligation de continuité narrative.
Ces formats seront explorés dans les cours suivants. Le Harold reste la base : maîtriser ses mécanismes (beats, réincorporation, give & take, convergence) permet d’aborder n’importe quel long format.
- La Porte fermée (Knapp) : Une personne arrive devant une porte, sonne, n’obtient pas de réponse. À partir de cette situation banale, construire une situation dramatique en l’enrichissant progressivement (conditions de temps, de lieu, de relations). L’attitude créatrice procède d’une attention portée à la banalité — idéal pour travailler les plateformes de Beat 1.
- L’Expert (Johnstone) : Un·e « expert·e » enseigne un sujet absurde (apprendre à des dauphins à jouer au billard). L’intervieweur·se pousse l’expert·e à réincorporer et justifier les éléments introduits. Excellent pour le muscle de la réincorporation.
- Actions en décalage : Deux personnes agissent dans un lieu spécifique, mais l’action ne correspond pas au lieu (un boulanger ne vend pas son pain dans sa boulangerie). Chercher le décalage tout en maintenant la crédibilité — excellent pour créer de la richesse dans les scènes de Harold.
Exploration du Harold
Préambule
Créé par Del Close et développé à l’ImprovOlympic (aujourd’hui iO Chicago) avec Charna Halpern, le Harold est le format fondateur du long format américain. Son principe : à partir d’une seule suggestion du public, faire émerger trois scènes apparemment sans lien qui finissent par se connecter et résonner entre elles.
Beat 1 : Scène A1 — Scène B1 — Scène C1
↓ Group Game ↓
Beat 2 : Scène A2 — Scène B2 — Scène C2
↓ Group Game ↓
Beat 3 : Les scènes convergent — les connexions émergent
- Opening : Un jeu de groupe qui explore la suggestion sous tous ses angles (associations, thèmes, émotions). C’est le terreau de tout ce qui va suivre.
- Beat 1 : Trois scènes distinctes (A, B, C). Chacune plante des personnages, une relation, un enjeu. C’est la plateforme du Harold.
- Group Game : Un jeu collectif entre les beats — un moment de respiration et d’énergie partagée qui peut nourrir les scènes suivantes.
- Beat 2 : Les mêmes scènes reviennent, mais la situation a évolué. Le curseur s’est déplacé : les enjeux montent, les personnages changent.
- Beat 3 : Les scènes A, B, C commencent à se croiser, se répondre, fusionner. Des éléments plantés au Beat 1 reviennent et prennent un nouveau sens. C’est la convergence.
« Le Harold mange tout » (Del Close) : il absorbe toutes les techniques — scènes à deux, monologues, chansons, jeux de groupe. Charna Halpern le compare au jazz : toutes ces petites pièces séparées finissent par s’assembler pour former une seule et même chanson.
Les scènes du Beat 1 sont comme les piquets éloignés d’un tipi plantés au sol. En se développant, ces piquets s’élèvent et ont l’espace nécessaire pour se rejoindre et converger au sommet. Plus les scènes sont distinctes au départ, plus la convergence finale est spectaculaire.
Trois principes moteurs :
- Réincorporation : Tout élément semé peut (et doit) revenir. Un détail anodin du Beat 1 devient la clé de voûte du Beat 3.
- Rapport au partenaire : Le·la second·e participant·e n’intervient que lorsque le·la premier·ère a clairement posé les bases de la relation. Pas de précipitation. Comprendre avant de s’engager.
- Le Book-end : Le Harold est un cercle, pas une ligne droite. La fin du spectacle recrée l’énergie ou l’image scénique de l’ouverture — on boucle la boucle.
Échauffement
A) Action-Réaction en chaîne
10 minDéroulement :
- Duos. Une personne commence une action physique simple (ouvrir une porte, s’asseoir, prendre un objet).
- Le·la partenaire s’inscrit complètement dans cette action, sans la contrarier, pour avancer dans un projet commun.
- L’action en entraîne une autre, qui en entraîne une autre, dans un enchaînement ininterrompu. On ne cherche pas loin — on s’appuie sur ce qui vient d’être fait.
Règles :
- Pas de négation. On accepte et on prolonge.
- Pas d’hésitation. Posez des actes et osez des affirmations fortes. L’hésitation et la précaution entravent la création.
- Aller au bout des chemins ouverts, en refusant l’approximation.
B) Le Rephrasing — Ouverture à la Napier
10 minDéroulement :
- Tout le groupe debout, en cercle. Le·la formateur·rice donne une suggestion (un mot du quotidien).
- Personne 1 : fait une déclaration, une affirmation ou une théorie sur le fonctionnement de la vie, inspirée par la suggestion. Pas besoin d’être drôle.
- Personne 2 : entre et reformule entièrement l’idée de la première phrase avec des mots différents, tout en restant fidèle à son essence.
- Personne 3 : reformule à nouveau — même idée de fond, nouvelles images.
- Après 3 reformulations, quelqu’un lance une nouvelle déclaration (toujours liée à la suggestion). Le cycle recommence.
Exemple — Suggestion : « clés »
P1 : « On passe sa vie à chercher des choses qu’on avait déjà. »
P2 : « Le plus dur n’est pas de trouver la porte, c’est de se rappeler qu’on a la clé dans la poche. »
P3 : « Parfois la réponse était là depuis le début, mais on regardait ailleurs. »
Faire 3–4 cycles avec des suggestions différentes.
Règle clé — Énergie de présentation :
- L’opening du Harold n’est pas une scène classique : le quatrième mur n’existe pas. Toute prise de parole s’adresse au public, pas aux partenaires.
- Règle du non-regard : les joueur·se·s n’ont aucun contact visuel avec leurs partenaires quand iels parlent. Iels se regardent quand iels écoutent, mais la parole va vers le public.
Le Snap — Transition opening → première scène :
- Quand l’exploration collective est résolue, la quasi-totalité du groupe quitte le plateau pour ne laisser que deux personnes.
- Ce « snap » crée un contraste saisissant entre l’énergie bouillonnante du groupe et la patience de la première scène à deux. C’est un choix de mise en scène délibéré.
Exercices
A) Le mot aléatoire — Réincorporation
15 minDéroulement :
- En duos. Personne A commence à raconter une histoire.
- Personne B crie un mot aléatoire (généralement un nom concret) toutes les 10 secondes environ.
- Personne A doit inclure ce mot dans son histoire dès que possible, de manière organique.
Exemple :
A : « Il était une fois un petit garçon nommé Tony qui aimait jouer avec des soldats de plomb... »
B : « Fraises ! »
A : « ...Il donnait des fraises aux soldats de plomb pour leurs pique-niques spéciaux... »
- Tour 1 : A raconte, B donne des mots. 2 min, puis on inverse.
- Tour 2 : Même chose, mais B donne des mots plus abstraits (sentiments, couleurs, textures).
- Tour 3 : A doit non seulement inclure le mot, mais le relier à un élément déjà planté dans l’histoire. C’est la réincorporation pure : tout doit se justifier à partir des éléments déjà placés.
Pourquoi la réincorporation fonctionne :
Imaginez une scène où un fermier trait des vaches. Des extraterrestres atterrissent. S’ils l’enlèvent simplement pour l’emmener sur leur planète → aucun lien avec le début, pas de sens. Mais s’ils lui demandent de leur révéler « le secret du yaourt » → le thème laitier revient, et le public comprend que la scène touche organiquement à sa fin.
B) Two Scenes — Give & Take
20 minCet exercice vient de Viola Spolin. Il résout un problème courant : le désordre scénique quand plusieurs centres d’attention sont présents.
Mise en place :
- Deux duos sur le plateau : Duo A côté cour, Duo B côté jardin.
- Chaque duo joue une scène complètement différente (lieu, personnages, enjeu distincts).
- Le·la formateur·rice donne le focus : « Duo A ! » → Duo A joue, Duo B se fige en silence.
- Après 30–60 secondes : « Duo B ! » → Duo B reprend exactement où iel s’était arrêté, Duo A se fige.
- Alterner 4–5 fois. Faire passer 2 groupes de 4.
- Même configuration, mais cette fois les joueur·se·s gèrent eux·elles-mêmes le focus.
- Quand un duo reprend la parole, l’autre se fige automatiquement.
- Le public (le reste du groupe) observe : est-ce que l’image scénique est claire ? Sait-on toujours qui a le focus ?
- Faire passer 2–3 groupes. Encourager des prises de focus variées (certaines longues, certaines brèves).
C) Les trois beats d’une même scène
25 minMise en place :
- Duos ou trios. Le·la formateur·rice donne une situation de départ banale (deux personnes qui font une activité ensemble, un rendez-vous ordinaire, une salle d’attente).
- Jouer la scène. Poser la relation, le lieu, le comportement quotidien. Semer 2–3 détails concrets et mémorables : un surnom étrange, un objet incongru, une phrase répétée, une manie physique.
- Le·la formateur·rice coupe au bout de 2–3 minutes (« Gel ! »).
- Mêmes personnages, plus tard dans le temps (quelques heures, quelques jours, quelques années — à décider).
- La situation a changé. Les enjeux ont monté. Au moins un élément du Beat 1 revient sous un angle différent.
- Couper après 2–3 minutes.
- Dernière visite. Les détails semés au Beat 1 trouvent leur sens. La relation a été transformée.
- Encourager les comédien·ne·s à réincorporer des éléments précis (le surnom, l’objet, la phrase) pour créer un effet de boucle.
Faire passer 3 groupes. Le reste du groupe observe et note les éléments semés et réincorporés.
Jeu
Mini-Harold guidé
25–30 minMise en place :
- Tout le groupe (12–15 élèves).
- Demander au public un mot du quotidien (un objet, un lieu, une sensation).
- Le groupe fait un Rephrasing à partir de la suggestion (comme dans l’échauffement).
- 3–4 cycles de reformulations. Le·la formateur·rice coupe quand le terreau est riche.
- 3 ou 4 scènes (selon la taille du groupe), jouées successivement, inspirées par l’opening.
- Chaque scène démarre en duo. Au besoin, d’autres élèves peuvent intervenir en soutien pour enrichir la scène (passer à 3 ou 4), mais on commence toujours à deux.
- Chaque scène doit poser : qui, où, quelle relation, et semer 1–2 détails marquants.
- Les scènes n’ont aucun lien apparent entre elles. C’est normal.
- Le·la formateur·rice signale les changements de scène : « Scène B ! », « Scène C ! », « Scène D ! »
- Tout le groupe. Un jeu physique ou vocal collectif — peut être un pattern de mouvement, une chanson improvisée, une machine de sons.
- Le·la formateur·rice peut proposer une consigne simple : « Faites une machine qui représente le thème de la suggestion. »
- Les mêmes scènes (A, B, C, D) reviennent. Les mêmes personnages, mais plus tard.
- Les enjeux ont monté. Les détails du Beat 1 réapparaissent.
- Conseil aux joueur·se·s : « Qu’est-ce qui a changé depuis la dernière fois qu’on a vu ces personnages ? »
- Libérer la structure rigide : l’équipe n’est plus obligée de rejouer strictement les trois scènes. Elle enchaîne librement des threads (fils conducteurs) au gré de son inspiration.
- Des personnages de scènes différentes se rencontrent. Les éléments semés au Beat 1 trouvent un nouveau sens.
- Le·la formateur·rice peut encourager : « Un élément de la scène A apparaît dans la scène C... »
- Le Book-end : guetter l’opportunité de ramener tout le groupe sur le plateau pour recréer l’énergie ou l’image de l’ouverture. On boucle la boucle.
Conclusion
Résumé des points clés :
🎭 Voir un Harold en vrai :
L’équipe Espoirs d’Impro Suisse joue un Harold modifié le 6 juin. C’est l’occasion idéale d’observer la structure en action !
Annoncer le cours suivant. Rituel de fin : clap collectif.
Récapitulatif
| Partie | Contenu | Durée | Format |
|---|---|---|---|
| Préambule | Le Harold : origines, architecture, réincorporation, rapport au partenaire | 5’ | Théorie |
| Échauffement A | Action-Réaction en chaîne | 10’ | Duos |
| Échauffement B | Le Rephrasing — ouverture à la Napier | 10’ | Cercle / collectif |
| Exercice A | Le mot aléatoire — réincorporation | 15’ | Duos |
| Exercice B | Two Scenes — Give & Take (Spolin) | 20’ | Quatuors |
| Exercice C | Les trois beats d’une même scène | 25’ | Duos / trios |
| Jeu | Mini-Harold guidé | 25–30’ | Groupe complet |
| Conclusion | Résumé et rituel de fin | 5’ | Collectif |
Annexe — Pour aller plus loin
Le Harold est le format fondateur, mais il existe de nombreuses variantes et formats dérivés :
- Le Banc public : Toute l’action se déroule autour d’un lieu unique. Les personnages vont et viennent, les histoires se croisent naturellement par le lieu.
- Le Feu de camp : Un·e narrateur·rice raconte une histoire. Les comédien·ne·s jouent les scènes évoquées. Le·la narrateur·rice peut interrompre, commenter, revenir en arrière.
- Le Concept : Format avec rotations de duos et trios, héritage croisé d’éléments, et convergence finale. Chaque duo seme des détails que les duos suivants récupèrent et développent.
- La Evocation : Format non narratif où les scènes explorent un thème par associations libres, sans obligation de continuité narrative.
Ces formats seront explorés dans les cours suivants. Le Harold reste la base : maîtriser ses mécanismes (beats, réincorporation, give & take, convergence) permet d’aborder n’importe quel long format.
- La Porte fermée (Knapp) : Une personne arrive devant une porte, sonne, n’obtient pas de réponse. À partir de cette situation banale, construire une situation dramatique en l’enrichissant progressivement (conditions de temps, de lieu, de relations). L’attitude créatrice procède d’une attention portée à la banalité — idéal pour travailler les plateformes de Beat 1.
- L’Expert (Johnstone) : Un·e « expert·e » enseigne un sujet absurde (apprendre à des dauphins à jouer au billard). L’intervieweur·se pousse l’expert·e à réincorporer et justifier les éléments introduits. Excellent pour le muscle de la réincorporation.
- Actions en décalage : Deux personnes agissent dans un lieu spécifique, mais l’action ne correspond pas au lieu (un boulanger ne vend pas son pain dans sa boulangerie). Chercher le décalage tout en maintenant la crédibilité — excellent pour créer de la richesse dans les scènes de Harold.
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