Cours-type : réinvestissement des infos & patterns
Réinvestissement des infos
& Récurrence des patterns
Préambule
Théorisée par Keith Johnstone, la réincorporation consiste à réutiliser un élément déjà posé dans la scène (un objet, une réplique, un personnage évoqué) plutôt que d’inventer du nouveau. Salinsky & Frances-White (The Improv Handbook) le formulent ainsi : « Remplissez l’environnement avec des choses arbitraires au début de la scène : à la fin, elles se transforment magiquement en bonnes idées. Il suffit de s’en souvenir. »
La réincorporation donne structure et sens au récit. C’est aussi l’outil le plus simple pour clore une scène : ramener un élément du début, et le public ressent que la boucle est bouclée.
Faire quelque chose deux fois en scène établit un pattern. La première fois est une proposition ; la seconde affirme que ce n’était pas un accident. Le public comprend qu’il y a un motif à suivre. Les patterns donnent du rythme à la scène et permettent un usage dramaturgique clé : une fois installés, on peut les briser pour signaler une fin ou un retournement.
RÉPÉTER : faire deux fois → pattern installé
BRISER : rompre le pattern → signal de fin ou de retournement
Piège classique du débutant : l’excès d’originalité. Sauter d’une idée à l’autre, encombrer le récit. Le cours du jour entraîne l’inverse : se nourrir de ce qui est déjà là.
Échauffement
A) Zip-Zap-Zop
7’Dispositif :
- Le groupe en cercle. On envoie un « Zip » (geste tranchant des mains vers quelqu’un, en croisant son regard). Cette personne envoie « Zap » à un·e autre, qui envoie « Zop » à un·e troisième. Le cycle reprend.
- Accélérer progressivement. Erreur (mauvais mot ou hésitation) = on relance.
B) Le mot aléatoire (réincorporation express)
10’Dispositif (Salinsky & Frances-White) :
- En duos : A raconte une histoire à voix haute. B lui crie un mot aléatoire (un nom de préférence) toutes les 10 secondes environ.
- A doit intégrer ce mot dans son histoire au plus tôt, en le justifiant naturellement.
- Après 3-4 minutes, on inverse les rôles.
C) Le cercle accumulateur
8’Dispositif :
- En cercle. La première personne dit : « Je m’appelle X et j’aime [un objet/concept]. »
- La suivante doit reprendre la phrase exacte de la précédente, puis ajouter la sienne : « Elle s’appelle X et elle aime Y, et moi je m’appelle Z et j’aime W. »
- La 3e reprend les deux précédentes, et ainsi de suite jusqu’au bout du cercle.
- Sur les dernières 2 minutes, deux volontaires improvisent une scène libre : chacun doit réincorporer un élément d’un·e des camarades du cercle. Première petite réincorporation en scène.
Exercices
A) Le Rephrasing (Mick Napier)
15’Dispositif :
- Une première personne entre et pose une déclaration sur la vie, une théorie, une affirmation simple. Pas besoin que ce soit drôle.
- Une deuxième personne entre et reformule entièrement l’idée de la première avec d’autres mots, en restant fidèle à son essence.
- Une troisième personne fait de même. Une quatrième, éventuellement.
- Ensuite, le groupe glisse vers une vraie scène qui s’appuie sur cette affirmation initiale.
- On s’entraîne uniquement au rephrasing : cinq chaînes de 3-4 reformulations chacune. Sans encore basculer en scène.
- Après 3 reformulations, le groupe démarre une scène courte qui s’ancre sur le thème posé. Deux essais.
B) Pattern Scenes — install, sustain, break
20’Dispositif :
- Deux joueur·euse·s ouvrent une scène avec une situation simple. La consigne : introduire dès les premières répliques un pattern — un mot répété, un geste, une manière de parler, un tic de personnage, une formule rituelle.
- Le pattern doit être posé deux fois (au minimum) assez tôt pour que le groupe et le public le repèrent.
- Mini-scènes de 2 min. Le seul objectif : poser un pattern clair (mot, geste, comportement) et le répéter deux fois. C’est tout.
- Le formateur·rice nomme après coup : « Le pattern, c’était : chaque fois qu’il dit X, elle répond Y. »
- Même dispositif, mais la scène dure 3-4 minutes. On laisse le pattern vivre sans le briser, en le faisant évoluer subtilement (même motif, contextes différents).
- Scènes complètes : install + sustain + une rupture finale du pattern, qui signale la fin de la scène. La rupture peut être comique, dramatique ou bouleversante — mais elle doit être franche.
C) Two Scenes (Viola Spolin)
20’Dispositif :
- Le plateau est divisé en deux espaces (jardin / cour). Deux duos jouent simultanément deux scènes distinctes, sur la même scène.
- Règle du give and take : quand une scène joue (parle, agit), l’autre se met en pause active (gèle ou continue en mime silencieux). On bascule l’attention en s’écoutant les un·e·s les autres, sans annonce.
- Deux scènes sans lien thématique. Le seul travail : la gestion du focus. Le groupe-public évalue après coup la clarté visuelle.
- Conseil : la scène en pause doit être très discrète (lent, presque immobile, faible volume).
- Même dispositif, mais les deux scènes doivent partager un motif : un mot, une émotion, une couleur, un objet, une attitude.
- Les joueur·euse·s écoutent l’autre scène et réincorporent ce qui s’y dit dans la leur. Une réplique entendue peut devenir un écho.
Jeu
Le Réincorporateur — mini-spectacle
30’Mise en place :
- Le formateur·rice demande au groupe trois « graines » aléatoires : un objet, une expression toute faite, un métier. On les note au tableau : c’est le réservoir de réincorporation de départ.
- Le groupe joue une suite de 6 à 8 scènes courtes (2-3 min chacune) reliées par les techniques d’édition déjà maîtrisées (tag, trappeur, wipe, main levée).
- Chaque scène doit réincorporer au moins un élément : soit du réservoir, soit d’une scène antérieure.
- Au moins un pattern doit traverser l’ensemble (un mot qui revient, une attitude récurrente, un personnage qui réapparaît).
- La dernière scène doit réincorporer un élément de la première : c’est la plateforme finale, la boucle qui se referme.
- Un·e élève est nommé·e « greffier·ère » : iel note au tableau, en direct, chaque élément notable posé (mot fort, objet mentionné, personnage évoqué). Les joueur·euse·s peuvent y jeter un œil entre deux scènes pour piocher leur matière à réincorporer.
- Outil précieux pour les groupes qui ont du mal à mémoriser collectivement.
Conclusion
Points clés à retenir :
Rituel de fin : clap collectif.
Récapitulatif
| Partie | Contenu | Durée | Format |
|---|---|---|---|
| Préambule | Réincorporation (Johnstone) + Règle de Deux (Napier) + schéma | 5’ | Théorie |
| Échauffement A | Zip-Zap-Zop — énergie & premier pattern | 7’ | Cercle |
| Échauffement B | Le mot aléatoire — réincorporation express | 10’ | Duos |
| Échauffement C | Le cercle accumulateur — mémoire collective | 8’ | Cercle |
| Exercice A | Le Rephrasing (Mick Napier) | 15’ | Collectif |
| Exercice B | Pattern Scenes — install, sustain, break | 20’ | Duos & trios |
| Exercice C | Two Scenes (Viola Spolin) — give and take + résonance | 20’ | Duos parallèles |
| Jeu | Le Réincorporateur — mini-spectacle | 30’ | Spectacle interne |
| Conclusion | Points clés + clap collectif | 5’ | Collectif |
Annexe
- Réincorporation : réutilisation d’un élément à l’intérieur du même monde narratif. But premier : structure et sens. Le public n’a besoin d’aucune connaissance préalable.
- Callback : réutilisation d’un élément d’une scène précédente dans une scène nouvelle où il n’a logiquement rien à faire. But premier : faire rire (private joke). Plus risqué dramaturgiquement.
- La réincorporation construit ; le callback ponctue.
- Enchaînement cause-effet : chaque geste mène au suivant. Ne pas chercher trop loin : s’appuyer sur ce qui vient d’être fait.
- Affirmation : poser des actes francs. L’hésitation appauvrit la matière. C’est de l’engagement que naît le matériau à réinvestir.
- Écoute attentive : capter ce que l’autre formule pour fonder ses propres répliques et gestes.
- Cohérence d’ensemble : prendre des éléments initialement aléatoires et les rendre signifiants : c’est l’art de la construction collective.
- Keith Johnstone — Impro: Improvisation and the Theatre. Théoricien historique de la réincorporation.
- Mick Napier — Improvise: Scene from the Inside Out. La règle de Deux et le travail des patterns.
- Viola Spolin — Improvisation for the Theater. L’exercice Two Scenes et la gestion du focus (give and take).
- Mark Jane — Jeux et enjeux. Répétition verbale comme outil dramatique, plateforme finale.
- Tom Salinsky & Deborah Frances-White — The Improv Handbook (Bloomsbury, 2008). L’exercice du mot aléatoire et la distinction réincorporation/callback.
Réinvestissement des infos
& Récurrence des patterns
Préambule
Théorisée par Keith Johnstone, la réincorporation consiste à réutiliser un élément déjà posé dans la scène (un objet, une réplique, un personnage évoqué) plutôt que d’inventer du nouveau. Salinsky & Frances-White (The Improv Handbook) le formulent ainsi : « Remplissez l’environnement avec des choses arbitraires au début de la scène : à la fin, elles se transforment magiquement en bonnes idées. Il suffit de s’en souvenir. »
La réincorporation donne structure et sens au récit. C’est aussi l’outil le plus simple pour clore une scène : ramener un élément du début, et le public ressent que la boucle est bouclée.
Faire quelque chose deux fois en scène établit un pattern. La première fois est une proposition ; la seconde affirme que ce n’était pas un accident. Le public comprend qu’il y a un motif à suivre. Les patterns donnent du rythme à la scène et permettent un usage dramaturgique clé : une fois installés, on peut les briser pour signaler une fin ou un retournement.
RÉPÉTER : faire deux fois → pattern installé
BRISER : rompre le pattern → signal de fin ou de retournement
Piège classique du débutant : l’excès d’originalité. Sauter d’une idée à l’autre, encombrer le récit. Le cours du jour entraîne l’inverse : se nourrir de ce qui est déjà là.
Échauffement
A) Zip-Zap-Zop
7’Dispositif :
- Le groupe en cercle. On envoie un « Zip » (geste tranchant des mains vers quelqu’un, en croisant son regard). Cette personne envoie « Zap » à un·e autre, qui envoie « Zop » à un·e troisième. Le cycle reprend.
- Accélérer progressivement. Erreur (mauvais mot ou hésitation) = on relance.
B) Le mot aléatoire (réincorporation express)
10’Dispositif (Salinsky & Frances-White) :
- En duos : A raconte une histoire à voix haute. B lui crie un mot aléatoire (un nom de préférence) toutes les 10 secondes environ.
- A doit intégrer ce mot dans son histoire au plus tôt, en le justifiant naturellement.
- Après 3-4 minutes, on inverse les rôles.
C) Le cercle accumulateur
8’Dispositif :
- En cercle. La première personne dit : « Je m’appelle X et j’aime [un objet/concept]. »
- La suivante doit reprendre la phrase exacte de la précédente, puis ajouter la sienne : « Elle s’appelle X et elle aime Y, et moi je m’appelle Z et j’aime W. »
- La 3e reprend les deux précédentes, et ainsi de suite jusqu’au bout du cercle.
- Sur les dernières 2 minutes, deux volontaires improvisent une scène libre : chacun doit réincorporer un élément d’un·e des camarades du cercle. Première petite réincorporation en scène.
Exercices
A) Le Rephrasing (Mick Napier)
15’Dispositif :
- Une première personne entre et pose une déclaration sur la vie, une théorie, une affirmation simple. Pas besoin que ce soit drôle.
- Une deuxième personne entre et reformule entièrement l’idée de la première avec d’autres mots, en restant fidèle à son essence.
- Une troisième personne fait de même. Une quatrième, éventuellement.
- Ensuite, le groupe glisse vers une vraie scène qui s’appuie sur cette affirmation initiale.
- On s’entraîne uniquement au rephrasing : cinq chaînes de 3-4 reformulations chacune. Sans encore basculer en scène.
- Après 3 reformulations, le groupe démarre une scène courte qui s’ancre sur le thème posé. Deux essais.
B) Pattern Scenes — install, sustain, break
20’Dispositif :
- Deux joueur·euse·s ouvrent une scène avec une situation simple. La consigne : introduire dès les premières répliques un pattern — un mot répété, un geste, une manière de parler, un tic de personnage, une formule rituelle.
- Le pattern doit être posé deux fois (au minimum) assez tôt pour que le groupe et le public le repèrent.
- Mini-scènes de 2 min. Le seul objectif : poser un pattern clair (mot, geste, comportement) et le répéter deux fois. C’est tout.
- Le formateur·rice nomme après coup : « Le pattern, c’était : chaque fois qu’il dit X, elle répond Y. »
- Même dispositif, mais la scène dure 3-4 minutes. On laisse le pattern vivre sans le briser, en le faisant évoluer subtilement (même motif, contextes différents).
- Scènes complètes : install + sustain + une rupture finale du pattern, qui signale la fin de la scène. La rupture peut être comique, dramatique ou bouleversante — mais elle doit être franche.
C) Two Scenes (Viola Spolin)
20’Dispositif :
- Le plateau est divisé en deux espaces (jardin / cour). Deux duos jouent simultanément deux scènes distinctes, sur la même scène.
- Règle du give and take : quand une scène joue (parle, agit), l’autre se met en pause active (gèle ou continue en mime silencieux). On bascule l’attention en s’écoutant les un·e·s les autres, sans annonce.
- Deux scènes sans lien thématique. Le seul travail : la gestion du focus. Le groupe-public évalue après coup la clarté visuelle.
- Conseil : la scène en pause doit être très discrète (lent, presque immobile, faible volume).
- Même dispositif, mais les deux scènes doivent partager un motif : un mot, une émotion, une couleur, un objet, une attitude.
- Les joueur·euse·s écoutent l’autre scène et réincorporent ce qui s’y dit dans la leur. Une réplique entendue peut devenir un écho.
Jeu
Le Réincorporateur — mini-spectacle
30’Mise en place :
- Le formateur·rice demande au groupe trois « graines » aléatoires : un objet, une expression toute faite, un métier. On les note au tableau : c’est le réservoir de réincorporation de départ.
- Le groupe joue une suite de 6 à 8 scènes courtes (2-3 min chacune) reliées par les techniques d’édition déjà maîtrisées (tag, trappeur, wipe, main levée).
- Chaque scène doit réincorporer au moins un élément : soit du réservoir, soit d’une scène antérieure.
- Au moins un pattern doit traverser l’ensemble (un mot qui revient, une attitude récurrente, un personnage qui réapparaît).
- La dernière scène doit réincorporer un élément de la première : c’est la plateforme finale, la boucle qui se referme.
- Un·e élève est nommé·e « greffier·ère » : iel note au tableau, en direct, chaque élément notable posé (mot fort, objet mentionné, personnage évoqué). Les joueur·euse·s peuvent y jeter un œil entre deux scènes pour piocher leur matière à réincorporer.
- Outil précieux pour les groupes qui ont du mal à mémoriser collectivement.
Conclusion
Points clés à retenir :
Rituel de fin : clap collectif.
Récapitulatif
| Partie | Contenu | Durée | Format |
|---|---|---|---|
| Préambule | Réincorporation (Johnstone) + Règle de Deux (Napier) + schéma | 5’ | Théorie |
| Échauffement A | Zip-Zap-Zop — énergie & premier pattern | 7’ | Cercle |
| Échauffement B | Le mot aléatoire — réincorporation express | 10’ | Duos |
| Échauffement C | Le cercle accumulateur — mémoire collective | 8’ | Cercle |
| Exercice A | Le Rephrasing (Mick Napier) | 15’ | Collectif |
| Exercice B | Pattern Scenes — install, sustain, break | 20’ | Duos & trios |
| Exercice C | Two Scenes (Viola Spolin) — give and take + résonance | 20’ | Duos parallèles |
| Jeu | Le Réincorporateur — mini-spectacle | 30’ | Spectacle interne |
| Conclusion | Points clés + clap collectif | 5’ | Collectif |
Annexe
- Réincorporation : réutilisation d’un élément à l’intérieur du même monde narratif. But premier : structure et sens. Le public n’a besoin d’aucune connaissance préalable.
- Callback : réutilisation d’un élément d’une scène précédente dans une scène nouvelle où il n’a logiquement rien à faire. But premier : faire rire (private joke). Plus risqué dramaturgiquement.
- La réincorporation construit ; le callback ponctue.
- Enchaînement cause-effet : chaque geste mène au suivant. Ne pas chercher trop loin : s’appuyer sur ce qui vient d’être fait.
- Affirmation : poser des actes francs. L’hésitation appauvrit la matière. C’est de l’engagement que naît le matériau à réinvestir.
- Écoute attentive : capter ce que l’autre formule pour fonder ses propres répliques et gestes.
- Cohérence d’ensemble : prendre des éléments initialement aléatoires et les rendre signifiants : c’est l’art de la construction collective.
- Keith Johnstone — Impro: Improvisation and the Theatre. Théoricien historique de la réincorporation.
- Mick Napier — Improvise: Scene from the Inside Out. La règle de Deux et le travail des patterns.
- Viola Spolin — Improvisation for the Theater. L’exercice Two Scenes et la gestion du focus (give and take).
- Mark Jane — Jeux et enjeux. Répétition verbale comme outil dramatique, plateforme finale.
- Tom Salinsky & Deborah Frances-White — The Improv Handbook (Bloomsbury, 2008). L’exercice du mot aléatoire et la distinction réincorporation/callback.
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